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Marie-Nel lit

Où vont les larmes quand elles sèchent de Baptiste Beaulieu

24 Janvier 2024 , Rédigé par Marie Nel

Où vont les larmes quand elles sèchent de Baptiste Beaulieu
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Publié aux éditions L'iconoclaste

 

 

Résumé :

 

Jean a trente-six ans. Il fume trop, mâche des chewing-gums à la menthe et fait ses visites de médecin de famille à vélo. Il a supprimé son numéro de portable sur ses ordonnances. Son cabinet médical n'a plus de site Internet. Il a trop de patients : jusqu'au soir, ils débordent de la salle d'attente, dans le couloir, sur le patio.
Tous les jours, Jean entend des histoires. Parfois il les lit directement sur le corps des malades. Il lui arrive de se mettre en colère. Mais il ne pleure jamais. Ses larmes sont coincées dans sa gorge. Il ne sait plus comment pleurer depuis cette nuit où il lui a manqué six minutes.

 

 

À propos de l'auteur :

 

Baptiste Beaulieu est un médecin et un auteur français.

Ancien interne à l’hôpital d’Auch, il exerce la médecine générale dans un cabinet de groupe en périphérie de Toulouse, la ville d’où il est originaire et où il a fait ses études.

En 2012, il lance son blog "Alors voilà" (7 à 8 millions de lecteurs), qui décrit avec humour, ironie, humanité, mais aussi avec dépit parfois le quotidien d’un interne ou l’un de ses collègues aux urgences.

Baptiste Beaulieu a reçu en janvier 2013 le prix Alexandre-Varney pour son blog.

Devant le succès de son blog, la plupart des anecdotes des urgences d’Auch ont été choisies pour faire partie d’un recueil, "Alors voilà: Les 1001 vies des urgences" (Fayard, 2013), vendu à 60 000 exemplaires et traduit dans quatorze langues.

Début 2015, il sort "Alors vous ne serez plus jamais triste" dont il reçoit le Prix Méditerranée des lycéens en 2016. "La ballade de l'enfant gris" (2016), son troisième roman, obtient le Grand Prix de l'Académie française de Pharmacie.

En 2017, il publie, avec Dominique Mermoux aux dessins, une adaptation en bande dessinée de son premier ouvrage, sous le nom de "Les mille et une vies des urgences".

En 2018, il publie son quatrième roman, "Toutes les histoires d'amour du monde". Depuis septembre 2018, il tient une chronique chaque lundi dans l'émission "Grand bien vous fasse" sur France Inter.

Son premier album jeunesse, "Les gens sont beaux" (2022), illustré par les aquarelles de la québecoise Qin Leng, obtient le Prix Landerneau - Jeunesse 2023 et le prix Babelio - Jeunesse 2023.

 

 

Mon Avis :

 

J'ai découvert Baptiste Beaulieu en 2020 avec la lecture de son roman "Toutes les histoires du monde", qui fut une très belle découverte. J'ai continué en 2021 avec "Celle qu'il attendait", qui m'a confirmé que j'aimais beaucoup le style de l'auteur et surtout sa grande sensibilité. Quand j'ai vu ce nouveau roman, je suis tout de suite tombée sous le charme du titre qui raconte une histoire à lui seul. "Où vont les larmes quand elles sèchent ?", c'est une question que l'on ne se pose jamais, ces larmes sont souvent chargées de nos peines, où vont ces peines quand les larmes ont fini de couler ? Et si les larmes ne coulent plus, où va la tristesse ? En lisant ce titre, je me suis posée toutes ces questions. J'ai un point commun avec l'auteur et le personnage de ce livre, je n'arrive pas à pleurer, je suis triste, très triste par moment, mais je n'arrive pas à faire couler mes larmes, je les sens, je sais qu'elles sont là, mais elles ne partent pas, créant ainsi une grande mélancolie. Ce livre m'a donc tout de suite parlé. 

 

Bon, assez parlé de moi, revenons à l'histoire de ce livre. J'ai fait la connaissance de Jean, il est médecin généraliste. Avant d'avoir son cabinet, il était interne urgentiste à l'hôpital. Un jour, un appel d'une mère en panique, son petit garçon de six ans fait une crise d'épilepsie. Dans la panique, elle inverse les deux chiffres de son numéro d'adresse, le SAMU se trompe et doit chercher le bon endroit, faisant perdre du temps précieux. À leur arrivée, le petit garçon est décédé. Cela fait vaciller Jean. Un autre événement à l'hôpital va poursuivre sa résolution, Edith a eu un AVC et attend une place, une mort survient libérant une place, et Jean de se dire qu'il se réjouit de la mort de cette personne pour pouvoir prendre en charge Edith. Et puis à l'hôpital, pas le temps d'appeler les gens par leurs noms, c'est bien souvent "L'AVC de la 2", Jean ne supporte plus de réduire des personnes à leurs pathologies, il ne supporte plus cette déshumanisation, et décide donc de s'installer à son compte et d'ouvrir son cabinet médical. Et il voudrait pleurer la mort de cet enfant, mais n'y arrive pas. 

 

Jean a une patientèle qui prend de plus en plus d'ampleur. C'est un médecin qui prend son temps avec les malades, qui sait déchiffrer les non-dits, il prend soin de ses patients. Il a tellement de "succès" que les personnes sont de plus en plus nombreuses, il y a une file d'attente de plus en plus grande. Mais Jean ne désarme pas. Il a un coeur énorme ce médecin, il s'attache à ses patients, à Mr Soares, diabétique, qui perle des gouttes de sang, Mme Chahid qui lui fait des cadeaux, Josette avec son cancer, tous des gens qui apportent beaucoup à Jean. Il se raconte, parle de ses colères quand il voit des femmes maltraitées, quand leurs compagnons sont trop violents. Il est très empathique et veut aider tout le monde, il s'oublie, et ses larmes ne coulent toujours pas. Il garde tout en lui, et ça fait beaucoup.

 

Le récit de Jean prend la place d'un monologue où il confie au lecteur ses etats d'âme, ses combats. Et au travers de Jean, on sait que c'est le Docteur Beaulieu qui parle, qui nous parle de ses anecdotes, parfois drôles, parfois tragiques. Il raconte ses visites à vélo chez les malades, sa vie quotidienne, ses émois, et toujours cette difficulté à pleurer, qui pourrait être pour lui un soulagement. Il aborde de nombreux sujets qui touchent chacun de nous, la maladie bien sûr, la dépression, la perte d'un être cher, la fin de vie, la maltraitance, nous avons tous été confrontés un jour à l'un ou l'autre. Et l'auteur en parle avec beaucoup de justesse et de sensibilité, on sent sa colère et son impuissance face à des personnes qu'il ne peut pas aider. Ce doit être tellement dur pour un médecin de ne pas pouvoir venir en aide, il faut beaucoup de résilience et d'humilité pour accepter cela. 

 

Baptiste Beaulieu est un médecin qu'on aimerait tous avoir. À l'écoute, qui prend le temps de parler avec ses patients, qui sait lire entre les lignes, qui comprend les messages du corps. Il me donnerait envie de déménager à Toulouse pour faire partie de ses patients. J'ai retrouvé dans ce livre, la personnalité de Baptiste Beaulieu sur les réseaux, où je suis ses publications, ses coups de gueule, ses joies. J'avais même l'impression de l'entendre parler, comme lors de ses interventions chaque semaine sur France Inter. C'est écrit comme si il était en train de s'exprimer, avec des expressions, des gros mots, un parler vrai et franc. Pas de langue de bois, il dit ce qu'il pense et c'est aussi ce qui fait que je suis fan. 

 

La lecture se fait très facilement avec beaucoup de fluidité. C'est une sorte de succession d'anecdotes, de patients, de visites, avec tout de même une évolution de la pensée du personnage et donc de l'auteur. C'est rempli de belles phrases, de belles réflexions, je crois que je n'ai jamais mis autant de post-it dans un livre. Je vous note certaines que j'ai relevées ci-dessous. J'aimerais tout mettre, mais ce serait trop long. C'est pour ça aussi qu'il faut que vous lisiez ce livre, car au-delà du récit des vies des patients, il y a une profonde réflexion sur notre société actuelle, sur la politique menée dans notre pays qui fait que la médecine est en crise. Et pourtant, préserver nos hôpitaux publics, soigner les personnes malades, devraient être primordial pour les hommes politiques... 

 

J'ai beaucoup beaucoup aimé ce livre. Sous couvert d'un récit intimiste entre un médecin et ses malades, il met au jour l'angoisse de la vie humaine ressentie par chacun de nous. Ce récit devient collectif, et nous touche tous personnellement. On connaît tous les mêmes personnes que le roman, cela peut être nous, ou notre famille. C'est ce qui rend ce roman encore plus touchant et beau. J'ai perdu ma maman l'année dernière, suite à un cancer, j'ai connu les services de soins intensifs, les services de fin de vie. Je suis personnellement touchée par des maladies qui font que je me rends souvent chez divers médecins et hôpitaux, je me suis donc retrouvée beaucoup de fois dans les paroles de Jean. Et je pense que ce sera pareil pour chacun des lecteurs. L'auteur fait certains constats qui font peur, mais il est aussi porteur d'espoir sur notre humanité, rien n'est perdu, il faut juste continuer de croire en l'homme. Dans les dernières phrases du livre, l'auteur nous dit "Pardon d'avoir dit tout cela". Oh mais bien sûr que je vous pardonne, Baptiste. Et en même temps je ne vois pas pourquoi vous demandez pardon, tout ce que vous avez dit est tellement nécessaire et utile. Vous avez raison de parler de tout cela, avec vos mots, avec votre sensibilité, avec votre humanité. Et je continuerai à vous écouter, à vous lire, parce que ce que vous dites fait du bien, c'est émouvant, c'est drôle, ça ne laisse pas indifférent. Vos mots font plus de bien que tous les médicaments existants, alors un énorme merci pour tout ça. Comme vous dites, "on va pouvoir pleurer maintenant."

 

J'ai aimé ce livre, je l'ai fermé avec regret, j'ai ralenti exprès le rythme de ma lecture pour rester le plus longtemps possible avec l'auteur. Mais je sais que je peux le retrouver sur les réseaux sociaux et ça fait plaisir. Il faudrait que tous les médecins soient comme lui. Je ne peux que vous conseiller la lecture de ce roman, je suis sûre qu'il vous plaira. Attendez vous à rire et à être émus, et pourquoi pas à verser quelques larmes. De mon côté, j'ai déjà hâte de lire un nouveau roman de l'auteur afin de le retrouver. Je suis très contente d'avoir ce livre dans ma bibliothèque, cela me permettra de relire certains passages et de retrouver les mots qui soignent les maux. 

 

Il ne me reste plus qu'à remercier une nouvelle fois Baptiste Beaulieu pour tout ce qu'il m'a fait vivre pendant la lecture de son roman. ​​​​​​​

Certes, on ne peut pas sauver tout le monde, mais je suis, à cette heure de ma vie, trop jeune pour me ranger à cette idée. Ce merdier géant, cette poudrière hospitalière, nous sommes censés y incarner un certain idéal de vocation, d'humanité et de civilisation.

C'est incroyable, le pouvoir d'un sourire, ça vous saisit le visage comme un baiser déposé directement sur le cœur.

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Les larmes, c'est un truc inutile contre la mort, mais qu'on n'a jamais cessé d'essayer quand même.

On a tellement de phrases qui ne servent à rien dans la vie, qui meublent le vide laissé par l'éternelle vérité : on nait seul, in vit seul, et on est toujours seul à mourir. Avec des lacs de larmes plus ou moins étendus, et plus ou moins profonds.

Les souffrances ? Elles ne se comparent même pas. Elles sont là l'une et l'autre, ces fichues douleurs. Tout le monde a mal. Et tout le monde souffre. Du Nord au Sud. Aucune souffrance ne l'emporte sur une autre. Elles échappent à tout compte d'apothicaire. Elles sont chacune des voyages solitaires et elles se vivent, chacune, solitairement.

Tout le monde a peur, a froid, a faim. Tout le monde fuit la solitude. Tout le monde a peur du temps qui passe et de la mort. La vérité, c'est que chacun de nous, quand il rit, ou quand il pleure, porte en lui l'humanité tout entière : il porte ceux qui ont ri ou pleuré avant lui, il porte ceux qui riront ou pleureront après lui.

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La morale étant : les patients ne sont pas des livres, les soignants ne sont pas des lecteurs, ce sont tous des humains qui essaient de chercher un chat noir dans une pièce obscure en parlant des langues différentes. Mais vous savez quoi ? Ils ont tous une trouille bleue de la mort.a

Parfois je me demande si je soigne parce que je me persuadé d'arriver à sauver les gens, ou si c'est juste pour prévenir l'ensauvagement global des êtres. Comme un animal blessé, l'Homme, quand il n'est pas soigné, peut devenir méchant, faire du vilain, et le malade qui souffre peut chercher à se venger de ce bas monde.
Je crois que je soigne pour abaisser la température du gros thermomètre à méchanceté.

C'est pas fréquent, les choses gratuites dans la vie. Y a rien de plus précieux, même. Ça peut réconcilier des coins cassés en vous qui se tirent la gueule depuis longtemps.

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