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Marie-Nel lit

Fragile des bronches de Bertrand Blier

1 Mars 2022 , Rédigé par Marie Nel

Fragile des bronches de Bertrand Blier

Publié aux éditions Seghers

 

 

 

Résumé :

 

Jean-Michel Céleste est fils d’acteur. Sa mère, Gisèle, est malheureuse, elle est trompée par son mari, toujours en tournée, elle a même essayé de se jeter par la fenêtre, rattrapée in extremis. Souvent couchée, elle dépérit, le neurologue lui rend régulièrement visite.

Jean-Michel, à quinze ans, grandit sans enthousiasme, malade un jour sur deux, des quintes de toux à n’en plus finir. Il aime écouter sa mère jouer du Chopin… Le médecin recommande qu’ils aillent passer quelques temps à la montagne, tous les deux, car à sa mère aussi le grand air devrait faire le plus grand bien.

Ils prennent le train (encore à vapeur, dans les années 50), gare de Lyon direction Le Fayet. A la montagne, le taxi serpente à travers la forêt et les dépose devant l’établissement qui accueille Jean-Michel. Il voit avec une certaine tristesse sa mère partir ; puis découvre son chalet, et rencontre le directeur, un homme plus que sévère, injuste. Heureusement, il y a là une jolie fille, dans un second chalet, Nicole. Et heureusement, il peut retrouver sa mère, sur les pistes. Et déjeuner avec elle à l’hôtel Arbois Bettex. De la terrasse, les jours de beau temps, on peut voir le Mont-Blanc. Quand on y trouve une place… Un jour, un homme leur propose de s’assoir à sa table.

Dès le début Jean-Michel sait qu’il va détester ce type de cinquante ans, trop bronzé, avec trop de dents, un type annonciateur de malheurs… De fait, une relation naît entre cet homme et sa mère. Et Jean-Michel voit des choses qu’il n’aurait pas dû voir… Il décide alors d’appeler son père à la rescousse…

L’acteur débarque à la gare avec sa valise, comme un cowboy. Avec une certaine inquiétude, Jean-Michel s’interroge sur l’issue de l’affrontement, il ne peut imaginer que lui et son père finiront bientôt à Nice, aux studios de la Victorine, en compagnie d’un géant du cinéma, et que sa vie sera marquée à tout jamais par cette rencontre…

 

 

 

À propos de l’auteur :

 

 

Bertrand Blier a notamment réalisé Les valseuses, Préparez vos mouchoirs, Buffet froid, Notre histoire, Tenue de soirée, Trop belle pour toi. Comme auteur, outre Les Valseuses (1972), Beau-Père (1981), et Existe en blanc (1998), il a publié deux ouvrages chez Actes Sud : Les Côtelettes (1997) et Désolé pour la moquette (2010), et ses Pensées, répliques et anecdotes au Cherche-Midi.

 

 

 

Mon Avis :

 

 

C’est surtout et principalement à cause du nom de l’auteur que j’ai eu envie de lire ce roman. Qui ne connait pas Bertrand Blier fils de Bernard Blier, le célèbre comédien qui a eu des rôles délirants dans les années 50. Tout de suite me viennent à l’esprit les images des films dans lesquels il a joué, et notamment les Tontons flingueurs, avec cette gouaille, cette façon de parler, interprétant les dialogues d’Audiard à la perfection. Quand je pense à lui, je vois toute la bande qui l’accompagnait, Lino Ventura, Jean Lefèvre, etc …

 

Je connais aussi son fils, Bertrand et ici l’auteur de ce roman, pour avoir vu des films dont il a été le réalisateur, il a son ton à lui, sa façon d’être, différents de son père, bien à lui, mais tout de même, il a sa signature, on reconnaît un de ses films facilement. J’étais donc très intriguée de le découvrir en romancier.

 

Il a mis beaucoup de lui dans cette histoire, on navigue entre l’imaginaire et le réel. Le garçon dont il raconte la vie, est lui aussi fils d’acteur, mais il s’appelle Jean-Michel Lemercier. Il a quinze ans en 1956, il est malade des bronches, d’où le titre du livre, son médecin envoie la père et le fils aux sports d’hiver, pour sa santé. Là-bas, sa mère rencontrera une sorte de play-boy, Jacques, avec qui elle entretiendra une relation. Le père de Jean-Michel est très volage, il ne cache pas ses nombreuses conquêtes et infidélités. De retour à Paris, on va continuer de suivre le jeune homme, avec son copain Blumberg, avec son amoureuse Nicole, et surtout avec ses parents et leurs vies disparates.

 

On navigue tout le long entre le vrai et le fantaisiste, on ne peut pas savoir ce qui peut être vrai dans ce que raconte l’auteur et ce qui a appartenu à ses réels souvenirs. Mais quelque part, on s’en moque, le principal est de suivre le héros de ce livre, dans un Paris des années 50 où tout est possible, où les jeunes naviguent entre leur volonté de liberté et la rigueur de leur éducation. Quoique rigueur ne soit pas tout à fait le mot qui caractérise l’éducation des parents de Jean-Michel, il se construit seul et fait ses propres expériences.

 

Jean-Michel est un personnage attachant et à la fois drôle. Il est très mûr pour son âge, à cause sûrement de sa grande indépendance, il se construit tout seul, sa mère occupée avec son amant, et son père jonglant entre réceptions, travail et maîtresses. J’ai bien aimé suivre ce jeune homme dans la société des années 50, il n’a pas la langue dans sa poche, il dit ce qu’il pense, il a la gouaille d’un gamin de Paris. Comme on pourrait dire il est « attachiant », émouvant par moments et énervant à d’autres. C’est un personnage très bien construit et travaillé par l’auteur et on sent qu’il a mis de lui dedans, dans sa façon d’être ou de parler, j’ai retrouve pas mal d’expression à la façon de Bernard Blier.

 

Le choix narratif de l’auteur à la première personne du singulier permet de s’attacher encore plus au personnage, et permet surtout de rentrer dans sa tête et de se confondre à lui le temps de la lecture. Et c’est une expérience troublante, je ne m'imaginais pas certaines réactions ou dialogues. J’ai eu l’impression de vivre dans un film et de voir des acteurs défiler devant moi. D’ailleurs ce livre est écrit un peu comme une pièce de théâtre, avec une scène ou un décor par chapitre, avec beaucoup de dialogues, des personnages qui entrent, qui sortent. J’ai vécu cette lecture comme si j’étais au théâtre, et j’ai beaucoup aimé cette expérience. L’auteur a d’ailleurs écrit des pièces de théâtre, et cela se ressent beaucoup dans l’écriture de ce roman.

 

Et bien sûr, je me répète, mais tout ça est mené par le style de Bertrand Blier, avec tout l’héritage paternel qu’il a reçu. Son langage est naturel, avec des gros mots, des expressions que l’on emploie couramment dans le parler, cela donne des dialogues et une lecture très vivants. Je me suis vraiment régalée.

 

En début de livre, il y a une photo de l’auteur, de son père et de sa mère, et j’ai trouvé que c’était un très bel hommage.

 

La lecture s’est faite très facilement, et rapidement, comme si je regardais un film. Les chapitres sont courts, même très courts parfois, cela donne beaucoup de rythme à la lecture. Il flotte en plus un certain suspense de savoir ce qui va arriver aux protagonistes, et la lecture n’en est que plus passionnante. J’ai vraiment passé un très bon moment, et j’aimerais beaucoup continuer à découvrir Bertrand Blier en tant qu’auteur de romans. Il a vraiment beaucoup de talent.

 

Je ne peux bien sûr que vous recommander la lecture de ce livre. Si vous aimez le père en tant qu’acteur, les dialogues d’Audiard, vous serez conquis. Et si vous n’avez jamais vu de films de cet immense acteur, pourquoi ne pas profiter de ce livre pour découvrir le fils en tant que romancier et ensuite continuer en regardant ses films. Cela peut être une belle introduction et vous familiariser avec le style.

 

De mon côté, il ne me reste plus qu’à remercier Bertrand Blier pour tout ce qu’il m’a fait vivre pendant la lecture de son roman, même si je sais très bien qu’il ne lira jamais cette chronique. Et je remercie également les éditions Seghers pour leur confiance et l’envoide ce service presse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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