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Marie-Nel lit

Concours pour le paradis de Clélia Renucci

19 Août 2020 , Rédigé par Marie Nel

Concours pour le paradis de Clélia Renucci

Publié aux éditions Le Livre de Poche 


Résumé :

« Tout était dévasté, consumé, calciné. C’est de cet enfer qu’allait renaître le Paradis. »
1577. Le palais des Doges est en flammes et, avec lui, la fresque du Paradis. Le doge annonce l’ouverture d’un concours pour la remplacer. Dans le décor spectaculaire de la Venise renaissante, l’immense toile devient un personnage vivant, opposant le génie de Véronèse, du Tintoret et des plus grands maîtres de la ville. Entre rivalités artistiques, trahisons familiales, déchirements politiques, Clélia Renucci fait revivre dans ce premier roman le prodige de la création, ses vertiges et ses drames.


À propos  de l’auteure :

Clélia Renucci est doctorante en littérature française et professeure de lettres modernes. Concours pour le Paradis, son premier roman, a obtenu en 2018 le Prix du Premier roman et le Prix Grand destins du Parisien Magazine. 


Mon Avis :

J'ai lu ce roman dans le cadre du Prix des Lecteurs du Livre de Poche. Ce prix me permet depuis sept mois de faire de belles découvertes et de lire des romans que je n'aurais peut-être pas lus en temps normal. Et je pense que cela aurait été le cas avec ce roman de Clélia Renucci. Je n’étais pas spécialement attirée par le résumé, bien que j'aime les histoires qui ont des références historiques, ce qui est le cas ici. J'ai été agréablement surprise par ce livre qui m'a beaucoup plu. Il n'est pas épais, un peu plus de deux cents pages, je ne les ai pas vues passer tellement j'ai été prise dans ma lecture.

Je ne vais pas trop revenir sur le contenu, le résumé le fait bien, et ce serait dommage de trop en dévoiler. Je me suis donc retrouvée au XVIème siècle, entre 1577 et 1592, en Italie, à Venise plus précisément. Un terrible incendie ravagé le palais des doges ce 20 décembre 1577. Les dégâts sont énormes, et notamment les peintures des salles. Il ne reste que quelques fragments de l’immense fresque « Le Paradis » présente dans la grande salle du conseil. Cette toile représente le paradis comme on peut se l'imaginer, avec Dieu, Jésus et Marie, accompagnés d'une multitude d'anges. Cette toile est immense, elle mesure 24,5 mètres de long sur 9,90 de haut. Je suis toujours épatée par la taille de ces peintures et surtout j’ai  beaucoup de mal à m’imaginer comment l'artiste a fait pour la dessiner et la peindre. 
Pour en revenir à l’histoire, le doge va mettre en place un concours pour la réalisation de cette toile. Cinq concurrents vont être désignés pour ainsi réaliser cette peinture. Ils devront chacun réaliser un aperçu de ce qu'ils imaginent. Parmi ces candidats figurent Véronèse et Tintoret, deux artistes peintres qui ont déjà fait leurs preuves dans d'autres réalisations. Véronèse est plus volage que Tintoret, beaucoup plus sérieux et rigoureux dans son travail. Des rivalités vont ainsi se mettre en place, comme on peut se douter, les trahisons vont avoir lieu et parfois venir de la famille proche. Certains iront même jusqu’à s'inspirer de ce qu'a fait le concurrent. Bref, ça n’hésite pas à se tirer dans les pattes et à tout faire pour obtenir le marché. Une fois le peintre désigné, ce n'est pas pour autant que le palais des doges verra sa peinture rénovée. Les années vont passer, par négligence, à cause de la maladie, et il faudra attendre le 7 mai 1592, soit quinze ans après l'incendie, pour que la salle du conseil retrouve un Paradis digne de ce nom. 

Bien sûr, je ne vais pas vous révéler qui a gagné le concours, qui l'a finalement peinte, je laisse un peu de suspense et vous laisse le découvrir, et surtout n'allez pas chercher l'info sur internet. C’est beaucoup mieux de l’apprendre soi-même. Moi je suis juste allée voir sur internet la photo de la toile et aussi les autres peintures des peintres cités dans le roman, pour me faire une idée de leur talent, énorme soi-dit en passant. C’est parfois une histoire de famille pour certains peintres. Le père est aidé des fils, des rivalités peuvent ainsi naître dans les fratries. J'ai aussi beaucoup aimé rentrer dans l’intimité des artistes. Certains ont une vie dissolue, préférant s'amuser et le plaisir de la chair plutôt que travailler sur leurs toiles. D'autres connaissent des drames familiaux qui les dévasteront. La vie de cette époque là est bien retranscrite, tout comme les lieux, Venise et ce qui s'y construit. Le carnaval est également fait mention. On assiste aussi au changement des autorités qui bouleversent parfois les travaux  de réparation avec des restrictions de budget. 

Clélia Renucci a vraiment pensé à tout et a tout bien détaillé. Je n'ose imaginer le boulot de recherche que cela a dû lui demander en amont. Tout est bien détaillé, les toiles, les méthodes de peinture de chacun, les personnages, les peintres, les autorités, les lieux, les caractères, l'ambiance. Je me suis vraiment cru avec eux le temps de ma lecture. Elle a également détaillé la réalisation de l'œuvre en elle-même. Et j'ai trouvé ça très intéressant, ça a répondu à des questions que j'avais, surtout sur la méthode de peinture d'une toile si grande, son transport entre l'endroit où elle a été peinte et le palais des doges, son aménagement à la place qui lui est réservé. Quand on pense au peu de moyen qu'ils avaient à cette époque par rapport à maintenant, je suis toujours assez baba devant de telles réalisations. J'ai la même réaction devant les constructions de monuments. Par contre, ils avaient beaucoup de jugeote et arrivaient toujours à faire, même avec peu de moyens.

La narration a beau être à la troisième personne du singulier, je me suis tout de même attachée à certains des personnages. Ce n'est pas un attachement comme je pourrais avoir dans d'autres romans, mais j'ai ressenti de l’empathie pour des personnages, et ce ne sont pas forcément les principaux. J'ai par exemple beaucoup aimé suivre le fils du Tintoret, Domenico, qui essaie de se démarquer de son frère, qui aide son père, et qui va avoir le cœur brisé. Cet homme m'a beaucoup touchée.
Le style de Clélia Renucci est très bon. Il est d'une fluidité telle que les pages se tournent sans que l'on s'en rende compte. Elle a rendu le sujet tellement passionnant que j'ai lu cette histoire avec beaucoup d’intérêt. Les chapitres ne sont pas très longs et s’enchaînent facilement, j'avais tellement envie de savoir ce qui allait se passer que j'avais beaucoup de mal à quitter ma lecture. Les descriptions sont belles, pleines de poésie et n'apportent aucune lourdeur dans le récit. On sent l’amour des lettres de la part de l'auteure, il y a de nombreuses références à l'art, aux peintures des  différents artistes, et c’est ensuite très intéressant de pousser la curiosité à aller voir à quoi elles peuvent bien ressembler. Les mots sont très faciles d’accès, la novice en art que je suis a tout de même réussi à tout comprendre. Je me suis vraiment régalée à la lecture de ce livre, j'ai appris beaucoup sur un pan de l'Histoire que je ne connaissais pas. Et apprendre tout en me divertissant est une chose que je privilégie dans mes lectures. J'aime ce double rôle des livres.

Clélia Renucci signe un premier roman avec ce livre et c’est vraiment une belle réussite. C’est bien écrit, c’est instructif, elle a su rendre son sujet très intéressant. Comme je le disais plus haut, c’est une très bonne surprise pour moi, je ne m’attendais pas à aimer autant. Je vais noter le nom de Clélia Renucci dans ma liste d’auteurs à suivre, j'aimerais beaucoup la relire à nouveau, je vais ainsi être à l’affût d'une prochaine parution, je suis curieuse de connaitre le sujet qu'elle va aborder cette fois ci. Elle a mis la barre très haute avec ce premier roman. 
Bien entendu, je ne peux que vous conseiller la lecture de ce livre. J’ai adoré cette lecture, je suis très contente d’avoir ce roman dans ma bibliothèque pour pouvoir le relire ou le prêter. En plus, la couverture est très jolie et représentative du roman. C’est un extrait d'une peinture de Véronèse, Junon versant ses trésors sur Venise. Bien entendu, je suis allée voir cette œuvre dans son intégralité sur le net
Si vous aimez que vos lectures vous enrichissent tout en vous distrayant, ce roman est fait pour vous. Il n'est pas très long, il se laisse lire en un après-midi, tout est bien abordé et il donne surtout envie de se rendre à Venise et de visiter ces magnifiques lieux et voir ses belles œuvres. Je croise les doigts pour le faire un jour.

Je remercie chaleureusement Clélia Renucci pour cette très belle lecture, ce magnifique voyage dans le passé et ce bel enrichissement culturel. Un grand merci également au Prix des Lecteurs du Livre de Poche pour ces belles découvertes que je fais.
 

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